PROFESSIONNALISATION Suite et Fin

 

                            L'AVENIR DES RAM : VERS L’ELARGISSEMENT DES MISSIONS ?

 

A l'intitiative de la Caisse nationale des allocations familiales, à la fin des années 1980, le développement des relais d'assistantes maternelles (RAM) a accompagné la politique de solvabilisation des familles pour le recours à un mode de garde individuel.

Les RAM devraient ainsi satisfaire une mise en oeuvre qualitative de ce type d'accueil. Leurs missions se sont formalisées autour de quatre fonctions principales : 

1) L'organisation d'un lieu d'information, d'orientation et d'accès aux droits pour les parents, les professionnels ou les candidats à l'agrément;

2) L'animation d'un lieu où professionnels de l'accueil à domicile, parents et enfants se rencontrent, s'expriment, et tissent des liens sociaux ;

3) Le soutien à la professionnalisation de l'accueil individuel ;

4) La contribution à une fonction d'observation des conditions locales d'accueil du jeune enfant.

 

LA REFORME 2005 ET SES EFFETS SUR LA PROFESSIONNALISATION DES A.M

 

Le présent cahier de recherche a permis l'interrogation semi directive de 50 assistants maternels agréés depuis 2007 ayant bénéficié de la réforme 2005 en matière de formation. L'ensemble de l'échantillon a effectué les deux sessions de formation obligatoires, 60 heures avant l'accueil du premier enfant, 60 heures dans les deux ans suivant cet accueil.

Plus du tiers a présenté l'Unité 1 du CAP Petite Enfance, présentation requise pour le renouvellement de l'agrément. 

Sollicités sur les motifs de choix de l'activité, le vécu de la formation, ses effets sur les pratiques et la reconnaissance professionnelle, les assistants maternels livrent un discours construit sur la place de la formation dans le parcours de professionnalisation engagé.

L'ensemble du corpus parvient à restituer les déterminants d'un "référentiel profession" (qualités, compétences, droits et devoirs) basé sur l'acquisition d'un savoir par la formation. L'identité professionnelle en recherche en 2007 prend son sens en 2009.

Les interviewés se pensent et se ressentent professionnels essentiellement par la formation, moins par le diplôme. La présentation à l'Unité 1 du CAP petite enfance fait débat. Tout d'abord par son caractère de qualification optionnelle, sans obligation de résultat, ensuite par son inadéquation à la réalité de l'activité.

                       UN CHOIX DE PROFESSION ET DE PROFESSIONNALISATION

L'étude réalisée par la DREES (Direction de la Recherche, des Etudes, de l'Evaluation et des Stastistiques) par l'analyse des parcours de vie, a mis en évidence une entrée en activité essentiellement par défaut. Le choix de cette activité a rarement été le premier.

Par manque d'information et d'accompagnement les assistants maternels interrogés se sont engagés tout d'abord dans des secteurs d'activité en cohérence avec la nature et le niveau de leur formation initiale.

La trajectoire professionnelle est globalement conditionnée par un accès au marché du travail difficile et par l'histoire personnelle (rencontre du conjoint, âge de fondation de la famille, accidents de vie).

En 2009, les principaux motifs d'entrée en activité diffèrent peu, mais les choix paraissent moins contraints, plus avertis et au centre d'une réflexion personnelle et familiale.

Les assistants maternels interviewés en 2007 rationnalisaient a posteriori leur entrée en activité par la qualité de l'activité et ses attributs (l'enfance).

Ce "processus de réparation" permettant d'occulter l'échec professionnel passé, motif premier de l'entrée en activité. Le discours des jeunes professionnels de 2009 semble focalisé sur le choix plutôt averti d'un secteur d'activité et d'une profession attractifs.

La conciliation vie familiale, vie professionnelle demeure le principal motif d'entrée en activité des assistants maternels interviewés.

La quasi totalité déclare avoir choisi l'activité pour une meilleure qualité de vie familiale et personnelle, à la suite le plus souvent d'un congès parental.  

Sans doute plus qu'en 2007, la primauté du choix personnel est à noter. Il ne s'agit plus d'investir une activité par défaut d'une insertion professionnelle et sociale "réussie", mais d'intégrer une profession gage de satisfaction personnelle et professionnelle.

L'attrait pour le secteur de la petite enfance est particulièrement marqué. Un grand nombre d'assistants maternels évoquent notamment une vocation contrariée ou la découverte d'affinités avec le monde de l'enfance suite à une naissance notamment.


Il s'agit le plus souvent d'une reconversion professionnelle éclarirée et réfléchie.

Les assistants maternels évoquent un processus relativement long de réflexion alimenté par l'observation des assistants maternels, de leurs enfants, de l'entourage (mère ou amies engagées dans la profession).

Une mutation, un congé parental, la demande d'accueil d'enfants d'amies, parfois un licenciement, font figure d'éléments déclencheurs de la demande d'agrément. 

L'ensemble des candidats ont le sentiment d'avoir eu une représentation assez juste de l'activité avant la demande d'agrément (avantages/inconvénients).

La plupart n'avaient pas une connaissance très précise des exigences de la réforme 2005, mais se sont engagés avec l'idée de bénéficier d'une formation et de se professionnaliser.

La notion d'engagement professionnel est sensible. Il s'agit de se projeter professionnellement dans "un métier". La formation n'apparaît pas encore comme un motif premier d'entrée en activité, même si un certain nombre d'assistants maternels évoquent très précocement la possibilité d'obtenir le CAP petite enfance.

(...) L'analyse de l'échantillon révèle une population plutôt jeune (la moitié des am a moins de 40 ans) et diplômée (quasiment la moitié du corpus a un niveau d'étude supérieur, de Bac à Bac +5, l'autre moitié présente un niveau CAP BEP) sans difficulté particulière d'insertion professionnelle.

Relativement peu de personnes déclarent avoir connu de longues périodes de chômage ou d'inactivité. 

La plupart des assistants maternels ont une expérience professionnelle relativement importante dans des secteurs d'activité diversifiés.

Les candidats dans les tranches d'âge les plus haites, plus de 45 ans, sont entrés en activité suite à un licenciement.

L'IMPORTANCE DE LA SEANCE D'INFORMATION PRE-AGREMENT

 

L'ensemble des am interrogés font part de la pertinence des séances d'information pré-agrément organisées par les départements.

Ils évoquent une présentation nécessaire de la profession dans sa réalité . Les am ont apprécié le discours sans concession sur les difficultés du métier (volume horaires, conciliation difficile avec la vie familiale, conflits avec les parents....) et les exigences d'une posture professionnelle.

Bon nombre interprètent cette présentation comme un essai sans doute souhaitable de découragement des candidats les moins motivés.

Engagés à ce stade dans une dynamique de professionnalisation, au regard des enjeux du métier (responsabilité "civile" et éducative du jeune enfant), les am estiment qu'il convient de dissuader les am "motivés uniquement par l'argent".

Les am pensent d'ailleurs qu'un certain nombre de candidats ont abandonné suite à cette séance. Les interviewés ont confirmé leur engagement lors de ces réunions et se sont sentis professionnels ou en responsabilité professionnelle dès ce premier contact avec l'institution.

LA VALEUR DE LA PROCEDURE D'AGREMENT 

 

L'étude DREES 2007 pointait dans les représentations des am le peu de valeur de l'agrément marqué par des modalités de délivrance défaillantes discréditant l'activité aux yeux des parents..L'ensemble des am livrent aujourd'hui un discours apaisé et positif sur la procédure d'agrément .

L'agrément est essentiellement perçu comme une évaluation nécessaire de la potentialité des am à être de "bons" professionnels, aux motivations claires, en capacité d'offrir un environnement psychique stable, un cadre matériel sécurisé à l'enfant accueilli.

Les visites à domicile et les entretiens avec les personnels PMI, puéricultrices et travailleurs sociaux, ont été plutôt bien vécus. Hors exception, aucun assistant maternel ne déplore de questionnement trop intrusif ou déplacé. 

De manière générale, l'agrément semble recouvrir une valeur "professionnelle" par l'existence de la formation. Point d'entrée dans l'activité, "valeur inaugurale", l'agrément prend sens pour les AM parce qu'il appelle la formation.

La réforme, valorisant la profession par la formation, a ainsi restauré l'agrément dans sa fonction de certification d'aptitude à la professionnalité.

 Avant la réforme, en l'absence d'une formation estimée suffisante, l'agrément se révélait surdéterminé, seul garant de la valeur du professionnel agréé.

Quelques am estiment de plus que la formation devrait sans doute précéder l'agrément dans une visée d'une plus grande reconnaissance professionnelle, et donc plus d'une grande professionnalisation.

 

LA FORMATION, PIERRE ANGULAIRE DE LA PROFESSIONNALISATION

 

L'étude réalisée pour la DREES en 2007 révélait la difficulté pour partie des assistants maternels à rendre compte de leurs compétences, à valoriser leur activité en tant que profession. Un agrément "défaillant", une formation et un accompagnement professionnels insuffisants étaient identifiés comme les freins à la posture professionnelle et à la reconnaissance de la profession.
 

Les assistants maternels interrogés pour ce cahier de recherche, jeunes professionnels en activité depuis 2 années, délivrent d'emblée un discours solide quant à leur degré de professionnalisation.

Ils se considèrent comme professionnels de la petite enfance et placent pour la plupart la formation au centre de leur argumentaire.

* Un métier "comme les autres " mais "pas pour tout le monde" :

En 2007, l’analyse du discours des assistants maternels laissait transparaître des marqueurs de professionnalité.

L’autonomie administrative, la conscience collective et l’expertise constituaient les déterminants d’une posture professionnelle émergente.

Les assistants maternels interviewés dans le cadre de la présente étude semblent intégrer relativement aisément ces trois points à leur conception de la profession.

A une vision « atomisée » de l’exercice succède une projection « unitaire » de la profession.

D’emblée, les assistants maternels livrent un « référentiel métier » associant des droits et des devoirs pour une identité professionnelle « achevée », lisible.

Nounou isa conseille la lecture de  :

http://documentation.reseau-enfance.com/IMG/pdf/0159_referentielmetier_38_assmat.pdf ( REFERENTIEL METIER ASSISTANT MATERNEL )

* Des droits : une convention collective.

Afin de faire preuve du sérieux et de la reconnaissance sociale et administrative de leur activité, les assistants maternels évoquent spontanément le cadre législatif afférent.

Il ne s’agit plus d’une activité de petites mains non reconnue, mais d’une  « véritable » profession cadrée par un ensemble de règles normatives.

Sont ainsi évoqués,  la convention collective (base de tarifs, indemnités, mensualisation, contrat…), la retraite, l’indemnisation maladie, les impôts…

Nounou isa conseille la lecture de la Convention Collective :

http://www.assistante-maternelle.biz/convention_collective.pdf

* Des devoirs : la formation.

Dans la définition du  « vrai métier », et de la  « vraie professionnalisation », les assistants maternels mentionnent l’importance de la formation.

Ils se considèrent comme professionnels parce qu’ils positionnent leur savoir-faire dans un cadre législatif régulateur.

Leur expertise, reposant sur une formation « obligatoire » intègre  un référentiel administratif reconnu.

Il s’agit donc « d’un métier comme un autre », mais « pas pour tout le monde » puisque nécessitant une formation et donc la valorisation de compétences spécifiques.

Aux droits répond la responsabilité de la formation. Les assistants maternels sont des professionnels responsables puisque formés et forts d’un savoir particulier.

Une identité professionnelle constituée


En contrepoint à l’étude 2007, les professionnels interrogés dans le cadre de ce cahier parviennent avec une certaine aisance à donner une définition précise de leur profession restituant les trois dimensions du référentiel précité, l’expertise notamment.


La quasi-totalité des assistants maternels est en capacité de dissocier qualités et compétences requises pour l’exercice de la profession.

A noter, l’émergence de la notion de « gestion organisationnelle » et la baisse de fréquence du leitmotiv de « l’amour des enfants ». Le référentiel maternel comme seule « compétence » glisse vers un attachement nécessaire et sincère pour les enfants accueillis dans la cadre d’une pratique professionnelle équilibrée et donc distanciée.


L’analyse et la prise en charge professionnelle des besoins de l’enfant et des parents sont présentés comme les fondements de la mission du professionnel de l’accueil qu’est l’assistant maternel.

Plus qu’en 2007, les assistants maternels valorisent leur savoir auprès des parents, et leur fonction de professionnel de la petite enfance « accompagnateur ».

Le sentiment d’une relation employeur employé subie, faute d’arguments professionnels apparaît moins présent.

Sur le plan éducatif, le conflit semble laisser place à la concession pour une communication et un dialogue facilité.

De manière générale, la possibilité de dialoguer avec les parents, d’instaurer une relation d’équilibre est explicitée par la formation reçue, qui rend la posture professionnelle plus aisée

Apports et manques du programme de formation « 2005 »

 

■ Prise de conscience professionnelle avant le premier accueil

La majorité des assistants maternels interviewés sur la pertinence de la première session de formation louent la préparation au premier accueil notamment par la prise de conscience professionnelle suscitée.

Les soixante premières heures de formation assurent la posture professionnelle par le rappel des enjeux de la profession et l’acquisition d’un savoir distancié du référentiel maternel.

La plupart des assistants maternels apprécient la transmission d’un savoir et de pratiques leur permettant de sortir de leur seule expérience parentale. De ce point de vue, la formation rend professionnel.
Un certain nombre d’assistants maternels estiment toutefois faible la plus value dispensée.

Parmi eux, deux figures coexistent :

 • La figure « maternelle ».

Ces assistants maternels  estiment que leur expérience personnelle est suffisante pour l’exercice de leur profession, relativement bien définie par ailleurs. La première session est jugée inutile et la seconde trop axée sur un diplôme dont l’utilité et la pertinence leur échappent. Cette catégorie d’assistants maternels n’envisage pas la présentation à l’intégralité du CAP.
• La figure d’une professionnalisation « ascendante ».

Ces assistants maternels considèrent la formation proposée trop peu pointue, ne se distinguant pas assez du savoir maternel.

 Ces assistants maternels aspirent à obtenir l’intégralité du CAP petite enfance afin d’avoir la possibilité d’évoluer vers d’autres métiers et qualifications de la petite enfance.

■ Une analyse partagée des pratiques en seconde session de formation

 L’ensemble de l’échantillon apprécie les principes  d’alternance entre pratique et théorie et de partage du vécu entre assistants maternels.


La critique porte essentiellement sur « le parasitage » de la formation par la préparation à l’examen du l’unité 1.

Les savoirs requis pour l’examen sont estimés inutiles à la pratique de l’activité : trop théoriques, trop scolaires, trop « artificiels ».

De fait, les enseignements pratiques, professionnels s’en trouvent réduits, voire survolés.

Les assistants maternels signalent par ailleurs la faiblesse de l’accompagnement à l’examen.

Les enseignements sont passés en revue, de manière parfois non exhaustive et peu pédagogique.

Les délais entre la fin de la formation et l’examen sont estimés beaucoup trop longs, parfois  un an.

Le sentiment de frustration est ainsi double. Une transmission des savoirs pratiques amoindrie et une préparation incomplète à l’examen.

Les assistants maternels soulignent par ailleurs les contraintes organisationnelles liées à cette seconde session de formation ventilée sur un  ou deux jours par mois.

Les parents ont beaucoup de mal à s’organiser, le rythme de l’enfant est perturbé et la relation avec l’assistant maternel est décrite comme tendue sur ce point.

Une professionnalisation inachevée ?

 

Le discours des assistants maternels marque une adhésion relativement forte au principe de formation dans une visée de professionnalisation. Au-delà, la parole se focalise sur le caractère inachevé de cette indispensable professionnalisation.

Une obligation de résultats, un diplôme adapté ou commun au secteur petite enfance constituent les pistes de réflexions énoncées.

* L’injonction paradoxale : une obligation de présentation sans nécessité de résultats

■ Un déni de compétences et de reconnaissance

La plupart des assistants maternels interviewés déplorent le manque de cohérence d'une réforme instaurant l'obligation de présentation à un examen sans obligation de résultat.

Les assistants maternels interprètent ce non sens comme la négation de leur capacité à réussir cet examen, et plus précisément cette partie d'examen, qu'est l'unité 1 du CAP petite enfance.

Si bon nombre d'assistants maternels avouent avoir été particulièrement stressés durant la préparation ou lors de l'examen, la plupart estiment qu'il est nécessaire  de valoriser la formation et les compétences acquises.

■ Un encouragement au non professionnalisme ?

Un certain nombre d'assistants maternels soulignent l'effet pervers de ce type d’injonction paradoxale. Si une telle réforme constitue une aubaine de professionnalisation pour les plus motivés, elle est sans effet pour les assistants maternels sans doute plus en difficultés dans l'exercice de la profession.

Quelques assistants maternels rappellent que le bénéfice de la formation n'est pas évalué par ailleurs, que les contrôles PMI sont peu fréquents et programmés, et que bon nombre d'assistants maternels peu assidus en formation déclarent ne vouloir que signer la feuille d'émargement lors de l'examen.


■ Vers l’intégralité du CAP Petite enfance

Plus de la moitié des assistants maternels interrogés déclarent vouloir passer l'intégralité du CAP. L'unité 1 n'est pas estimée suffisante pour la valorisation des compétences et la reconnaissance professionnelle.

Ces assistants maternels envisagent à moyen terme de faire évoluer leur pratique professionnelle en intégrant la « collectivité » :  multi-accueil, micro-crèche, regroupement d'assistants maternels.


A noter, bon nombre d'assistants maternels sont convaincus de l'imposition légale à très court terme de l'obtention du CAP petite enfance pour l'exercice de la profession. La projection fataliste pour une minorité, enthousiaste et nécessaire pour  la plupart marque une dynamique de professionnalisation attendue et ressentie.

 

Un diplôme d’assistants maternels ?


■ Le CAP petite enfance inadapté à la réalité de la profession


La quasi totalité de l'échantillon pense nécessaire une reconnaissance de la formation suivie notamment par l’obtention d’une qualification. L'unité 1 du CAP est estimée insuffisante et surtout inadaptée à la réalité de l'activité. La plupart des assistants maternels ayant passé l'examen dénoncent le caractère artificiel du contenu, des épreuves et sa complète inadéquation à la pratique de l'accueil à domicile et donc de l'activité d'assistant maternel.

La plupart des assistants maternels, notamment les plus réfractaires à ce type d'évaluation, soulignent que la réussite à un tel examen ne garantit pas les qualités professionnelles des lauréats.

Selon les assistants maternels, un « bon professionnel » n'a pas nécessairement besoin de connaissances poussées en biologie ou en anatomie, mais doit sans doute faire la preuve de sa capacité organisationnelle pour changer un enfant au domicile dans les meilleures conditions d'hygiène possibles.

                                                                    LA PAROLE DES FORMATEURS


Afin d’appréhender les effets des points de réforme en matière de formation, une trentaine de formateurs en contact direct avec le public assistants maternels ont été sollicités en entretien individuel et en groupe sur les caractéristiques du public, leur réception des savoirs dispensés, leurprojection professionnelle et l’intégration au secteur petite enfance.

Le matériau recueilli est enrichi des enseignements de l’étude réalisée pour la DREES en 2009 auprès de huit départements et de leurs prestataires de service en charge de la formation.

Les professionnels de la formation soulignent l’évolution des profils du public assistant maternel mêlant des niveaux de formation et des projections professionnelles très diversifiées.

La difficulté àaccompagner ces publics en formation et à la préparation de l’unité 1 du CAP petite enfance est importante.

Des outils et une pédagogie spécifiques sont à créer.

La plupart des formateurs soulignent l’inadéquation de l’examen à l’activité.

Deux réponses affleurent dans le discours.

L’une se concentre sur l’élaboration d’un diplôme d’assistants maternels, spécifique à l’activité, alliant connaissances pratiques et expérience.

La seconde conserve la ligne du CAP petite enfance, de l’intégralité du diplôme comme objectif afin de promouvoir « une qualification homogène » et une fusion du public dans l’ensemble des acteurs du secteur petite enfance.

Un public et des motivations très hétérogène

 

UNE PROJECTION PROFESSIONNELLE DIFERENCIEE

Les formateurs interrogés constatent un décalage important entre assistants maternels motivés par le CAP, assistants maternels en difficultés avec les apprentissages mais intéressés par la formation et assistants maternels peu sensibles à ces enjeux.

Le sentiment professionnel est appréhendé différemment selon ces catégories.

• La première se révèle particulièrement en demande d’information, « d’acquisition » et se projette dans le métier et son évolution.

Le CAP est « un tremplin » idéal pour la suite du parcours. Selon les professionnels, il s’agit soit des plus jeunes ayant suivi des études avec un goût pour la formation, soit, de personnes  sorties non qualifiées du système scolaire saisissant l’opportunité d’obtenir un diplôme.

Quelques départements dans l’étude DREES 2009 font mention d’une part sensible d’assistants maternels intéressés par la possibilité de passer l’intégralité du CAP petite enfance, hors VAE.

• La seconde tire un bénéfice plus immédiat et concret de la formation et pas nécessairement de l’examen.

Pour ces deux catégories, les 120 heures et la possibilité de présentation au CAP participent du sentiment de professionnalisation.

 • La dernière catégorie appréhende beaucoup plus difficilement le caractère obligatoire de la formation et tente d’orienter en formation les débats sur les modalités administratives de l’activité : établissement du contrat de travail, convention collective… La conscience des enjeux liés au CAP est absente.

LA NECESSAIRE ADAPTATION DES OUTILS PEDAGOGIQUES

■ Première session : la posture professionnelle

Les formateurs mettent l’accent sur le caractère déterminant de la formation avant l’accueil du premier enfant.

Il s’agit de travailler « l’acculturation professionnelle » des assistants maternels, de les mettre en capacité professionnelle par une distanciation de l’histoire personnelle, du vécu.

Cette phase dissociative est essentielle pour la projection professionnelle.

Plus que des enseignements techniques, les formateurs incitent à la réflexion, questionnent, déstabilisent pour la construction d’un projet professionnel.

Ils évoquent le nécessaire travail sur la terminologie, le vocabulaire pourpermettre aux assistants maternels de s’approprier  le référentiel professionnel et d’intégrer les exigences de formation.

Ils soulignent la difficulté à faire participer des assistants maternels parfois déconcertés par l’approche proposée de l’activité. Le détachement de l’expérience personnelle est très difficile.

Les formateurs admettent que l’ensemble de la formation n’est parfois pas suffisante pour accompagner la posture professionnelle.■ Seconde session : la théorie à l’épreuve de la pratique

 • L’auto-analyse

Les formateurs mettent en exergue la pertinence d’un retour en formation suite au premier accueil.

Les assistants maternels, sensibilisés à la formation en première session, avec une expérience d’accueil parfois difficile, sont particulièrement en demande d’échanges et de réponses à leurs interrogations.

Cette alternance entre pratique et théorie est estimée efficiente d’un point de vue pédagogique.

Le discours des formateurs s’oriente toutefois rapidement vers la préparation à l’examen, étape délicate du parcours de formation.

La préparation à l’Unité 1 du CAP 

Les formateurs soulignent la difficulté à accompagner un public dissemblable dans la préparation à un examen peu adapté à ses caractéristiques et à la spécificité de l’activité.

Les professionnels se heurtent ainsi au niveau parfois bas de formation initiale, à une réticence du « scolaire » et à une préparation à un examen dont le contenu diffère sensiblement de la formation « au métier ».

Certains professionnels déplorent le phagocytage de la formation par des connaissances trop théoriques, trop éloignées d’une pratique de l’accueil à domicile.

Plus qu’en première session de formation, la transmission du savoir passe par la maîtrise des compétences de base : compréhension et maîtrise de  la langue, compétences de lecture et d’écriture.

Les professionnels rappellent que l’examen repose en partie sur une épreuve écrite d’une heure et demie. Dans l’ensemble, les formateurs mentionnent l’hétérogénéité des profils des « stagiaires » sur ce point.

Se mêlent des personnes au niveau de formation parfois élevé (universitaire, troisième cycle) en demande d’information et d’accompagnement et des personnes plus en retrait par rapport à cette question, voire peu concernées

Certains prestataires ont dévolu l’encadrement des groupes à des psychologues pour faciliter un dialogue rendu complexe par la disparité de profils.

Les organismes ont donc du élaborer des outils spécifiques, très interactifs, adaptables aux personnes les plus en difficulté avec les apprentissages. Les professionnels usent de mises en situation, de jeux de rôle, de vidéo pour intégrer l’ensemble des participants à la démarche et instaurer une dynamique de groupe. Des ateliers d’écriture sont parfois proposés.

 Un diplôme pour les assistants maternels

 

Les formateurs rencontrés énoncent leur incompréhension d’une présentation obligatoire sans obligation de résultat à un examen, qui plus est, en inadéquation avec la réalité de l’activité, de laprofession.

Ils s’inquiètent de l’effet contre productif de cette indication sur la motivation des assistants maternels et leur sentiment professionnel.

Certains plaident pour l’instauration sinon d’un « diplôme d’assistants maternels », d’un diplôme reflet de la spécificité de leur pratique professionnelle.

     « Des professionnels à part »

 

Sollicités sur la professionnalité des assistants maternels, les formateurs formulent la phrase type suivante : « oui, ce sont des professionnelles de la petite enfance, mais... pour certaines, à leur niveau, dans une certaine mesure, avec de l’accompagnement… ».