LA PROFESSIONNALISATION DES ASSMATS

FONDEMENTS PROFESSIONNELS 

 

Le bon sens et le vécu maternel ne suffisent plus, il faut intégrer des savoirs axés sur le développement des jeunes enfants et sur la façon dont il faut les soigner.

Ainsi, l'assistante maternelle entre-t-elle dans l'ère de la professionnalisation .

Des tâches traditionnellement peu valorisées de la nourrice  il est alors question de passer à un autre modèle où théorie et pratique sont liées.

Il s'agit en d'autres termes de penser les actions de telle sorte qu'il y ait possibilité de s'ajuster à la personnalité de l'enfant, de rendre compte des observations par rapport aux réponses apportées aux besoins.

Prendre en compte les demandes parentales et leurs valeurs éducatives et faire preuve de souplesse afin de guider au mieux l'enfant dans ses progrès sont également des aspects à considérer.

Il est ainsi demandé à l'assistante maternelle de s'inscrire dans un projet individualisé d'accueil reposant sur la complémentarité de son rôle vis-à-vis de celui des parents.

A.Norvez dit qu'à partir de cette loi "l'assistante maternelle a la responsabilité du bien-être et de la co-éducation, au sein de sa propre famille, d'un enfant qui n'est pas le sien et doit respecter les habitudes et la place des parents (Norvez, 1990,,p.4.)

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Une innovation en termes d'accueil et de professionnalisation a lieu à cette période à travers la création des "crèches familiales" (dont les premières avaient été fondées en banlieu parisienne dans les années 60.).

 

Leur faible coût d'investissement pour les collectivités fait qu'elles se développent de façon conséquente à travers l'ensemble du territoire et qu'elles sont très prisées par les parents.

Par leur fonctionnement original, elles deviennent par ailleurs un point d'ancrage en termes de formation continue.

C’est en effet la première tentative de regroupement  d’assistantes maternelles dans un même lieu, sachant que la capacité d’accueil ne peut dépasser cent cinquante enfants inscrits au total.

Les locaux sont constitués d'une salle réservée à l'accueil des assistantes maternelles et des parents, d'une salle de réunion et d'un "espace-jeux" pour les enfants. Les assistantes maternelles constituent une équipe, elle-même encadrée par un mèdecin, une puéricultrice ou un éducateur de jeunes enfants (si la structure maternelle compte au maximum quarante enfants) dont le rôle principal est de les accompagner dans leur mission éducative.)

Les assistantes maternelles, tout en accueillant à leur domicile les tout-petits, participent régulièrement à des activités d'éveil et de socialisation organisées par les éducateurs de jeunes enfants et aux réunions d'information et de formation sur des thématiques spécififiques coordonnées par l'équipe encadrante. C'est la première expérience de regroupement d'assistantes maternelles.

Celle-ci permet le croisement de savoirs, qui parmi plusieurs types, seraient l’expérience (Perrenoud, 2004) plus que la transmission des « ficelles du métier ».

Elle met en avant l’importance d’une démarche de professionnalisation, tout en s’éloignant de la notion omniprésente de « métier ».

NOUVELLES MODALITES 

 

En 1981, le rapport Sullerot, commandité à Evelyne Sullerot, sociologue, par le Conseil Economique et Social fait état d'un manque criant de modes d'accueil de qualité et prône leur développement tout autant que celui des aides financières aux parents (sous différentes formes d'allocation).

Evelyne Sullerot

En 1982, le rapport Bouyala/Roussille résume la situation de l'accueil des jeunes enfants de la façon suivante : " En tout état de cause, la petite enfance reste l'affaire privée de la famille : à elle de se débrouiller pour trouver un système d'accueil, à elle de le payer avec ou sans aide de la collectivité".

Ce rapport montre l'importance que revêtent l'éveil et la socialisation du jeune enfant et les répercussions d'un accueil sans qualité sur l'enfant et sa famille.

Par la pertinence des arguments avancés dans ce document, il est mis fin aux querelles entre les partisans et les opposants de l'accueil individuel ou collectif.

Les modalités de prise en charge sont examinées et les avantages d'une pratique où s'entrecroisent disponibilité-compétence des professionnels et éveil de l'enfant sont repensés.

En conséquence, le terme même "d'accueil" vient remplacer celui de "garde".

Ce qui change la considération portée aux jeunes enfants, qui deviennent des individus ayant autant de besoins que de désirs légitimes.

De plus, les familles montrent de plus en plus qu'elles sont sensibilisées aux bénéfices d'un accueil qui ne remplit pas uniquement une fonction de garde. Elles manifestent également le souhait d'investir les lieux d'accueil de façon plus ou moins régulière.

Dans le programme faisant suite à ce rapport on retrouve l'idée de modifier non seulement l'organisation sociale de l'accueil de la petite enfance mais plus encore les pratiques des professionnelles. (Doucet-Dahlgren, 2007).

Des regroupements en association, en fédération font  jour.

Pour les assistantes maternelles, un syndicat est crée en 1988, le Syndicat national professionnel des assistants et assistantes maternelles (SNPAAM).

       PLURALITE DES STRUCTURES

 

Comme répercussion directe de ce rapport, on voit se développer certains types d'établissements encore peu fréquents (en particulier les structures parentales).

D'autres, comme les Relais d'Assistantes Maternelles sont créés (1989) tout en sachant qu'il ne s'agit pas de structures d'accueil à proprement parler. 

La Caisse nationale d'Allocations Familiales est à l'initiative de ce développement dès les années 90, pour les deux tiers des Relais dans le cadre des contrats "enfance", des contrats "temps libres" puis des contrats "enfance et jeunesse".

L'objectif principal est d'apporter des solutions aux problèmatiques liées à l'accueil à domicile et d'en améliorer la qualité. Des projets initiés par les responsables des Relais sont mis en oeuvre pour encourager la démarche de professionnalisation des assistantes maternelles.

Quelles sont les missions de ce nouvel équipement ? " Le RAM a pour mission de créer un environnement favorable aux conditions et à la qualité de l'accueil des enfants à domicile.  Il assure différentes missions et services auprès des assistantes maternelles, des parents et des professionnels de la petite enfance.

"C'est un lieu d'information, c'est un lieu de vie, c'est un lieu d'échanges et d'expression" (Brochure CNAF)

Ce service est coordonné par un "animateur de relais". Si l'on tient compte des conclusions avancées lors des 2èmes Etats Généraux des RAM (1997), après quelques années d'implantation sur le territoire, quatre types de missions sont revendiqués : 

1) Mission Information et Prospective

Organiser un lieu "ressources" au service des parents, des assistantes maternelles et autres professionnelles de l'enfance. Ce service doit être en mesure d'observer les besoins en mode d'accueil sur un territoire et d'analyser les évolutions sociales.

2) Mission Animation :

Faire du Relais un lieu de vie où les parents, les assistantes maternelles, les professionnels de l'éducation, sont accueillis et reconnus dans leur rôle éducatif, et où les enfants s'ouvrent à la présence d'autres enfants et d'autres adultes.

3) Mission Prévention et Régulation des conflits :

Il  s’agit d’assurer une stabilité dans l’accueil des enfants. Le relais n’exerce aucun contrôle sur les assistantes maternelles mais peut prévenir, par l’information ou réguler, par la médiation, des litiges entre employés et employeurs.

4) Mission Professionnalisation des assistantes maternelles :

Si l’assistante maternelle s’appuie sur l’expérience acquise auprès de ses propres enfants, elle doit cependant s’adapter aux demandes et aux choix éducatifs des parents qui lui confient leur(s) enfant(s).

Aussi, les échanges au sein du Relais doivent-ils renforcer tout ce qui peut être acquis au cours de la formation de base dispensée par la PMI. Pour ainsi dire, cette interactivité prolonge dans la durée et de façon informelle une mission formative et encourage la construction d’une identité professionnelle.

Dans ce cadre, on repère la volonté des responsables de transformer les acquis  des assistantes maternelles.

En acceptant de participer, celles-ci s'inscrivent dans une démarche de professionnalisation dans le sens où se produit un acte volontaire de recherche d'adéquation entre les exigences de l'environnement économique et social et les ressources ou acquis des individus.

Ces Relais comme service d'information et prospective révèlent, à travers les données recueillies, l'urgence à faire face à la pénurie de places dans les services traditionnels ainsi que l'absence de diversité de structures.

Pour pallier ce manque, plusieurs types de mesures touchant le couple parental lui-même (allocations, déductions fiscales) et les structures (contrat-crèche en 1983 et subvention d'organismes divers) conduisent à l'augmentation du nombre de places, au renforcement et à la diversification des offres publiques. 

Ces objectifs, mis en priortié, encouragent d'un côté le développement des modes d'accueil collectifs ou individuels, et de l'autre, la possibilité pour les mères et pères soit de continuer à exercer leur profession soit d'assurer eux-mêmes la garde de l'enfant.

On observe un ralentissement du développement du nombre de crèches (qui avaient doublé durant les années 80) au profit de structures plus souples dans leur fonctionnement mais également moins coûteuses : les haltes-garderies (dont les premières créations datent de 1979).

En nette augmentation, elles sont dirigées par des puéricultrices ou des éducateurs de jeunes enfants et animées par des professionnels qualifiés de la petite enfance.

Alors qu'elles avaient été initialement créées pour un accueil discontinu des enfants de mères au foyer, la fréquentation d'un public d'enfants dont les parents travaillent à temps partiel se développe.

Les contours de nouveaut types d'accueil et de projets pédagogiques innovants sont ainsi dessinés.

D'autres structures de type "Maison Verte" (et en référence à celle créée par F. Dolto en 1979) dirigées par des psychanalystes et des psychologues ouvrent leur porte. Leur projet s'inscrit dans une démarche de rencontre ponctuelles autour de jeux avec des familles accompagnant leur fille et fils.  Le principe retenu est celui d'être à l'écoute des parents et des enfants. Leur fil conducteur est de respecter une démarche anonyme et d'encourager les liens sociaux entre les familles afin de prévenir des effets néfastes d'une séparation difficile entre une mère et son enfant. 

Les mesures mises en place cherchent à s’adapter à la conjoncture économique dégradée et aux besoins de plus en plus diversifiés des familles.

 

                                                                            STATUT  REACTUALISE 

 


Par la loi N° 92-642 du 12 juillet 1992 le statut des assistantes maternelles est revisité afin de mieux correspondre aux attentes des familles vis-à-vis de ce mode d’accueil, non réactualisé depuis 1977.

La loi est essentielle pour les assistantes maternelles qui, cependant continuent d'exercer à leur domicile dans deux secteurs d'emploi différents.

L'un se rattache à celui de la petite enfance, en accueillant de jeunes enfants à titre "non-permanent", ou bien encore à la journée.

L'autre est en lien avec la Protection de l'enfance en prenant en charge à titre "permanent" des enfants placés de l'Aide Sociale à l'Enfance, habituellement nommées "familles d'accueil".

Cinq axes sont retenus :

1) Les conditions d'agrément sont simplifiées et son obtention est valable pour une durée de cinq ans.

2) La rémunération est revalorisée.

3) En ce qui concerne l'accueil simultané, le nombre d'enfant est limité à trois. Une possibilité est offerte d'un soutien de la part d'une puéricultrice ou d'une assistante sociale si besoin se manifeste.

4) L'emploi d'une assistante maternelle agréée ouvre la possibilité à une réduction fiscale dès la création de l'Aide à la Famille pour l'Emploi d'une Assistante Maternelle Agréée (AFEAMA, 1991).

5) Un tournant décisif est amorcé par rapport à la reconnaissance professionnelle en faisant obligation aux départements d'organiser leur formation selon un minimum de 60 heures dont 20 heures au cours des deux premières années.

Il est précisé que le Département organise et finance le temps d'accueil des enfants durant les périodes de formation. A noter que la première phase de professionnalisation des assistantes maternelles ciblée par cette réforme et la création de l'AFEAMA. a entraîné un double mouvement.

D'une part, un nombre croissant de demande d'agréments est enregistré et, d'autre part, une plus forte exigence des familles est formulée en termes de déclaration de l'employée. La conséquence directe a été la diminution du travail "au noir", et dans les années qui ont suivi une augmentation conséquente du nombre d'agréments et d'assistantes maternelles en exercice malgré l'existence de réelles disparités territoriales.

Par ce changement de situation, on distingue les critères qui font basculer d'un corps de métier à une profession.


Aballea & Benjamin (1990) en distinguent cinq.

Le premier correspond à "la délimitation d'un objet" (l'accueil d'enfants), 

le second à l'existence d'un savoir (à travers le croisement de plusieurs disciplines),

le troisième est lié à la mise en oeuvre de ce même savoir qui est utilisé selon des normes et des valeurs qui définissent l'univers moral de la profession (à travers leur statut et règles déontologiques);

le quatrième critère énonce la reconnaissance sociale de ce savoir en lien avec la légitimité de l'intervention (dans le domaine de la petite enfance et auprès des parents, des responsables et élus), et enfin, le contrôle de ce savoir par rapport à l'accès à la profession (lors de l'agrément et la formation). 

Le savoir théorique est dispensé par des intervenants dont les champs de référence sont la médecine,  la psychologie et la psychanalyse, également de façon plus sporadique les éducateurs de jeunes enfants, psychomotriciens, juristes.

Compte-tenu du nombre restreint d'heures, c'est une sensibilisation à différents types de théories qui sont d'ailleurs liés à des disciplines diversifiées.

La puériculture, la psychologie et les sciences de l'éducation apportent des connaissances sur le jeune enfant : développement psychologique, soins, rythmes et besoins ; éveil et jeux.

Le droit, la sociologie renseignent  sur le cadre institutionnel : statut, connaissance du secteur professionnel de la petite enfance.

La pédagogie et la psychologie sociale sensibilisent aux spécificités de son rôle : activités éducatives auprès des enfans ; relations avec les parents.

 

                   TRANSFORMATION DES PRATIQUES 

 

Quel constat peut-on faire de ces transformations ?

En premier lieu, le nombre d'assistantes maternelles agréées a doublé dans les quatre années qui ont suivi la promulgation de la loi, un lot important de garde "au noir" ayant été régularisé.

On sort ainsi l'assistante maternelle de l'ombre et des représentations peu valorisantes de ses fonctions.

La question débattue est de savoir si ce qui a trait à la garde des enfants serait une affaire de femmes plus qu'une affaire de professionnel (Bloch-Buisson, 1998).

Une certitude est là, le processus de professionnalisation semble bel et bien enclenché si l'on considère l'assistante maternelle comme étant capable d'avoir prise sur son activité dès lors qu'elle intègre des compétences propres à sa profession.

Dubar et Tripier (P.89, 1998) énoncent ce que Merton (1957) dans son étude nord-américaine sur les étudiants en médecine désigne la professionnalisation comme "un processus historique par lequel une activité devient une profession du fait qu'elle se dote d'un cursus universitaire qui transforme des connaissances empiriques acquises par expérience en savoirs scientifiques appris de façon académique et évalués de manière formelle sinon incontestable.

Si l'on transpose cette définition au domaine des assistantes maternelles, on perçoit un passage d'une fonction maternante à une autre qui requiert des savoirs théoriques.

Certes, même si les savoirs enseignés restent sommaires (nombre d'heurs restreint), ces dernières sont sensibilisées au fait qu'il ne suffit pas d'être mère pour pouvoir exercer cette fonction et à l'importance de développer des pratiques adéquates.

Il est réclamé de la personne de pouvoir s'approprier un savoir spécifique, réfléchir sur son expérience, et acquérir de nouvelles compétences allant au-delà des exigences de l'agrément afin de garantir "la santé, la sécurité et l'épanouissement des mineurs accueillis".

La construction d'une formation professionnelle, reconnue comme telle, est en émergence : la formation professionnelle, c'est d'abord aider, explique B.Schwartz, les personnes à " transformer leur vécu en expérience puis de la transformer elle aussi en savoir-faire et ensuite transformer ce savoir-faire en savoir pour pouvoir faire autrement et dans d'autres circonstances" (Schwartz, 1993).

                              

                                                                      CHANGEMENTS  D'ORIENTATION

 

Le leitmotiv, pour cette première période du XXIème siècle, que diffusent les décideurs semble être celui d'adapter et de développer les structures d'accueil afin de permettre aux familles de" concilier vie professionnelle et vie familiale".

Compte-tenu des aléas du marché du travail, les demandes de place des parents s'intensifient et se diversifient. Le cadre rigide des modalités d'accueil est remis en question pour faire face aux problèmes que posent la flexibilité, le temps partiel et la précarité des emplois.

(...) il s'agit de trouver de nouvelles formes d'accueil adaptées à la réalité des familles.

Plusieurs études du CREDOC (1992-2002), mentionnent qu'une place à temps complet en crèche ou chez une assistante maternelle pour un enfant ne correspond plus exactement à ce que recherchent les parents salariés.

Quand bien même, ces derniers obtiennent une place, ils argumentent en faveur de critères éducatifs qui à leurs yeux sont importants. Lorsqu'ils font le choix de l'assistante maternelle, des réticences sont formulées dans un premier temps à l'encontre de ce mode d'accueil.

C.Bouve (2007, P.48) explique que "la confiance n'est jamais donnée à priori, elle se construit".

S'ajoute à ce problème, le fait que la société doit trouver les moyens d'augmenter le nombre de places dans tous types d'accueil.

Un processus de transformations est alors enclenché.

*SIMPLIFIER 

La mise en oeuvre d'une simplification du mode des prestations (considérées comme trop nombreuses et disparates) conduit à ne retenir qu'une seule prestation : LA PAJE (2004)

(...) En 2009, les missions des Relais Assistantes Maternelles sont étendues à la garde à domicile avec amélioration de leur financement.

 

* CHANGER LES REGLEMENTATIONS

Un nouveau cadre juridique sur la prise en charge des tout-petits en collectivité est élaboré, laissant entrevoir de nouvelles modalités d'accueil individuel.

Une démarche d'harmonisation des normes entre les différents types de crèches collectives (y compris les crèches parentales), de haltes-garderies et de jardins d'enfants, est recherchée.

(....) La question de l'accueil chez une assistante maternelle est soulevée et leur rattachement au secteur de la petite enfance en tant que professionnelle à part entière conduit à des modifications importantes, portées par la loi de 2005.

 

             POSER LES PREMICES D'UNE PROFESSION

 

INSTAURER UNE DISTINCTION ENTRE ASSISTANT MATERNE ET ASSISTANT FAMILIAL 

LA LOI aux assistants maternels et aux assistants familiaux est adoptée le 6 juin 2005.

Cette loi, à travers les changements qu'elle apporte, est un début tant dans la reconnaissance que dans celle de la valorisation de deux professions qui ont chacune leurs spécificités : les assistants maternels d'une part, les assistants familiaux d'autre part.

Ainsi se définit l'assistant maternel comme "la personne qui, moyennant rémunération, accueille habituellement et de façon non permanente des mineurs à son domicile" (article L 421-1 du Code de l'Action Sociale).

L'article 1er rappelle l'objectif même de la politique de la petite enfance.

Ce sont les principes de l'accueil, tels que soutenir "le développement physique et psychique, l'épanouissement et le bien-être de l'enfant" qui sont repris et qui doivent accompagner les acteurs intervenant dans le secteur de la petite enfance.

Il s'agit également de renforcer les critères de qualité et de sécurité.

C'est un des défis lancés par le Ministère afin de rendre la profession plus attractive et de faire face à une pénurie criante d'assistants maternels (et familiaux) qui, notons-le, demeurent très majoritairement féminine malgrè le nouveau titre porté au masculin.

Dans le même ordre d'idée, on relève de nouvelles exigences pour l'obtention de l'agrément.

Les capacités éducatives des assistantes maternelles feront l'objet d'une évaluation. 

Le nombre total d'enfants pouvant être accueilli reste par là-même limité.

 

SUIVRE UNE FORMATION

 

La formation se trouve enrichie et développée en nombre d'heures. Elle se fait en partie avant même l'accueil du premier enfant.

Son financement est organisé par les Départements.

(..) La démarche de formation et de suivi laisse, selon les témoignages d'assistantes maternelles recueillis par E. Alberola (2008,P.4) " transparaître un besoin important d'accompagnement dans leur activité".

Cela ne va pas sans dire que les assistantes maternelles ont tout à gagner à devenir des professionnelles à part entière et à rejoindre le peloton des personnels qualifiés de la petite enfance (Doucet-Dahlgren 2008,P.79) .

Pour parvenir à un tel résultat, il paraît nécessaire de reprendre les six critères ordonnés par Willensky (1964), de la reconnaissance d'une profession :

Il y a existence : 

1) d'un exercice à temps plein

2) d'une composition de règles d'activités

3) d'une formation et d'écoles spécialisées

4) d'organisations professionnelles

5) d'une protection légale du monopole

6) d'un code de déontologie. 

Si l'on tient compte de ce cadre, on constate que le statut se doit d'être renforcé.

Plusieurs mesures vont dans ce sens : 

* Un contrat de travail écrit doit être conclu entre employeur et assistante maternelle. Ce contrat est un document légal qui unit les deux parties.

* Une réévaluation de la rémunération des assistantes maternelles est instaurée afin de garantir un revenu minimal. Autre aspect, la convention collective a pour objet d'améliorer ce statut minimal en garantissant, autant que se faire se peut, de meilleures conditions de travail.

* Un droit aux congés est également reconnu.

* Enfin un ensemble de dispositions de droit commun (harcèlement, discrimination, maternité, exercice d'un mandat syndical, etc.) est élaboré.

(...) Le cadre réglementaire de la formation est défini à compter du 1er janvier 2007.

Il y a obligation de suivre la formation pour toute personne choisissant d'exercer dans ce cadre sauf pour les cas dérogatoires (assistantes maternelles à titre permanent,  diplôme du secteur petite enfance et études post-secondaires).

De plus, une organisation du système de valorisation de l'expérience des CAP Petite Enfance dans le cadre de la VAE est progressivement mise en place.

L'organisation et le financement de la formation reviennent au Département.

Sa durée est de 120 heures, les soixante premières heures doivent être dispensées avant l'accueil d'un enfant et dans un délai de six mois à compter de la demande d'agrément.

Le premier temps est consacré aux connaissances théoriques en session de cours.

Ces cours ciblent essentiellement les aspects fondamentaux de la prise en charge d'enfants au domicile en termes d'accueil et d'échange avec les parents, d'organisation du travail et de techniques de soins, d'activités d'éveil et de jeux, du déroulement des moments de la vie quotidienne, des pratiques éducatives spécifiques.

L'autre partie de la formation est à effectuer dans un délai de deux ans à compter du début de l'accueil du premier enfant.

C'est un moment clef qui correspond à une immersion sur le terrain pour une période déterminée. Ce qui s'apparente au système de formation d'adulte en alternance.

(....) La tendance actuelle est celle de favoriser " l'alternance intégrative" qui propose de mettre en lieu les apprentissages réalisés en situation de travail et ceux effectués en situation de formation.

Les personnes apprenantes sont mises au centre par rapport à leurs propres acquisitions. La mise en pratique se fait lors de l'accueil du premier enfant et induit de fait une mise en observation de ce que l'assistante maternelle met en place concrètement.

Si l'organisation de la formation le permet, la seconde session (60 heures) est un moyen de travailler sur l'expérience.

Les formateurs y jouent un rôle spécifique dans le sens où ils tiennent compte des apports tout en cherchant à développer les compétences des personnes en apprentissage. Il s'agit de les inciter à analyser leurs pratiques tout en les préparant à l'examen.

La question de la validation et de la formation prend une forme scolaire classique qui met à mal le processus propre à l'alternance.

En effet, les équipes animant les sessions sont impliquées dans des projets réclamant une évaluation continue et dynamique des acquisitions dans des situations qui ne se ressemblent pas forcément.

Ceci est d'autant plus vrai que le niveau scolaire des apprenants est hétérogène et leurs intérêts par rapport à la profession sont parfois divergents.

Cela mériterait un approfondissement théorique ainsi que l'installation de groupes d'analyse de la pratique. La nature même du travail au domicile avec de jeunes enfants situe les aspects relationnels au centre et rend nécessaire la mise en commun d'analyse des situations particulières.

L'intérêt de les transposer dans un cadre référentiel d'emploi et de formation n'est pas à remettre en question. La place que ces professionnelles peuvent occuper dans le champ de la petite enfance serait d'autant plus clarifiée.

La formation est validée en deux temps : après les soixante premières heures, une première attestation de suivi de formation est délivrée, une seconde en fin des 120 heures. Toute assistante maternelle est alors dans l'obligation de se présenter à l'épreuve de l'unité professionnelle (UP1) "prise en charge de l'enfant au domicile" du CAP Petite Enfance, sans pour autant être obligée de la réussir.

 

                                                                 ACQUERIR DES COMPETENCES 

 

Ce principe représente une situation paradoxale en termes de professionnalisation et de reconnaissance. En effet, le principal objectif de l'examen vise à évaluer les compétences professionnelles et les connaissances particulières de la prise en charge de jeunes enfants au domicile.

On requiert la mise en oeuvre des compétences professionnelles spécifiques qui se définissent comme "une combinaison de connaissances, savoir-faire, expérience et comportement s'exerçant dans un contexte précis (Stroobants, 1998).

Sociologie Du Travail de Marcelle Stroobants

Celles-ci se remarquent lors de la réalisation en situation professionnelle à partir de laquelle elles peuvent être validées (épreuve par exemple). Retenons cependant que tel est le cas pour certaines d'entre elles, la réussite à l'UP1 entraînant le souhait de continuer à se former et de passer les autres épreuves du "CAP Petite Enfance" telles qu'elles sont décrites dans les fiches techniques (Gassier, 2007)

Fiches techniques CAP Petite enfance : Epreuves professionnelles EP1/EP2/EP3

Voici en résumé les compétences demandées à une assistante maternelle après ces formations : 

1) L'assistante maternelle doit-être en mesure d'assurer l'accueil de l'enfant et de ses parents :

Elle est en capacité de maîtriser des informations professionnelles, d'identifier les besoins de l'enfant dans le contexte du travail exercé au domicile ou en collectivité. Elle instaure un dialogue avec les parents et leur transmet des informations et observations au sujet de leur enfant.

2) Elle fait preuve d'organisation et de méthodes dans son travail :

Elle planifie et réalise des activités adaptées aux enfants.

Elle assume la gestion de son poste de travail, du matériel et des produits dont elle a besoin.

Elle fait preuve d'adaption face à une situation qui n'était pas prévue.

Elle établit des moyens de communication avec d'autres professionnels afin de montrer ses capacités d'intégration dans une équipe.

 

3) L'assistante maternelle effectue après observation des besoins fondamentaux des enfants, un certain nombre de tâches liées aux soins.

- Elle assure la préparation des repas selon des règles précises.

- Elle effectue les soins d'hygiène corporelle (technique de puériculture) tout en assurant la prévention et la sécurité. 

- Elle met en place et sécurise les  lieux de vie des enfants tout en aménageant des espaces de jeux, de repas et de repos, en les entretenant.

4) L'assistante maternelle contribue au développement et à la socialisation de l'enfant.

- Des activités d'éveil adaptées aux besoins et à l'âge des enfants en groupe sont régulièrement proposées à son domicile et à l'extérieur.

- Elle est à l'écoute des enfants et les accompagne dans leur développement sensorimoteur, affectif et cognitif.

- Elle répond quotidiennement à leur besoin de maternage et de limites.

Elle favorise le développement du langage et de l'autonomie à travers les actes de la vie quotidienne. Pour ce faire, elle crée les conditions favorables à l'expression des enfants et est partie prenante de leur exploration .

Lors d'un décret en 2000 les crèches familiales changent de dénomination et deviennent des "services d'accueil famillial".

Le décret de 2007 apporte des précisons en terme de réalisation de nouvelles structures : les "micro-crèches", les "regroupements d'assistantes maternelles", et les "jardins d'éveil".

Pour permettre le développement de places en accueil collectif, en particulier en milieu rural, un fonctionnement flexible et de moindre coût en "micro-crèche" est proposé.

La capacité d'accueil est de 9 enfants simultanément dans un local répondant aux normes fixées par le service PMI. Les personnels accueillant les enfants doivent être titulaires d'un diplôme de niveau V et de deux ans d'expérience professionnelle. Les assistantes maternelles peuvent y exercer (avec une ancienneté de 5 ans dans la profession ), le maintien de leur agrément étant garanti.

La loi de 2008 permet l'ouverture de Maisons d'Assistants Maternels (MAM) permetant d'accueillir un groupe d'enfants dans un local, en dehors de son domicile, à l'intérieur duquel peuvent se rassembler au maximum quatre assistantes maternelles ayant la charge de quatre enfants (via l'agrément).

Il faut pour cela mettre en place une convention avec le Conseil Général qui reprendra les conditions d'accueil des enfants (sécurité, activités,etc..). A l'inverse du système préconisé dans les "micro-crèches" aucun professionnel n'assure d'office la direction ou la coordination du regroupement, ce qui met en question la validité de tels projets quant au bien-être des enfants et aux méthodes pédagogiques employées.

Cette même loi modifie l'agrément qui permet alors d'accueillir quatre enfants simultanément.

 

                                                    METTRE EN VALEUR LE GROUPE PROFESSIONNEL

 

Les assistantes maternelles se trouvent à la croisée des cultures où elles occupent une place intermédiaire dans ce qui est proposé dans les structures collectives (crèches, école maternelle pour les enfants de 2 ans) en particulier en ce qui concerne les activités ciblant le développement individuel des jeunes enfants accueillis comme celles ciblant les acquisitions langagières

Cela s'explique du fait que l'enfant en relation duelle ou en petit groupe, bénéficie chez l'assistante maternelle d'un temps de dialogue satisfaisant et plus centré sur sa personne.

(...) La spécificité de ces observations, conduit à penser qu'un groupe professionnel avec une identité propre s'est réellement constitué, à défaut d'un cursus de formation aboutie.
 

Lors de la Conférence de la Famille en 2007 plusieurs objectifs sont retenus comme étant prioritaires : renforcer la formation des personnels exerçant auprès de jeunes enfants, rendre plus attractif ce type d'emploi et valoriser le secteur, porter une attention particulière à l'emploi d'assistante maternelle.

En second lieu, il faut faire en sorte de favoriser le développement d'employeurs intermédiaires entre les familles et les professionnels de la petite enfance. La proposition est faite de créer un "service public de la petite enfance" permettant une meilleure structuration de l'emploi dans ce secteur.

A la suite de ces propositions, des principes de base de l'offre d'accueil de la petite enfance sont posés dans le rapport Tabarot 12/02/2008.

(...) Du côté parental, il est précisé qu'un temps de garde au domicile est nécessaire durant les premiers mois du nourrisson, si possible avec implication des deux membres du couple.

Si le tout-petit est pris en charge hors de sa famille, l'accueil doit être de qualité est restreint en nombre d'heures.

Les offres d'accueil (...) doivent répondre aux besoins spécifiques des familles. Celles-ci cherchent à ne plus avoir à faire de choix contraints. Alors que l'accueil chez une assistante maternelle reste actuellement le premier mode de garde en France, les familles réclament en majorité un accueil collectif.

(...) Il semble essentiel de répondre de façon la plus ajustée possible aux demandes des parents non seulement en matière de prise en charge collective mais aussi individuelle. Pour ce faire, il y a nécessité de consolider la formation professionnelle des assistants maternels par la mise en place d'un système de validation à part entière avec l'obtention ou non de l'épreuve UP1 du CAP Petite Enfance. Cela entraînerait une revalorisation de leur statut parmi les autres catégories de personnel du secteur.. 

 

                                                                            DES INDICES DE "PROFESSIONNALISATION"

 

 En 2007, LE CREDOC amené pour la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Ministère du Travail, des Relations Sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville), une étude sur les conditions d'activités des assistants maternels. 

 

Des entretiens qualitatifs de 45 à 90 minutes ont été réalisés en face-à-face et au téléphone auprès de soixante assistants maternels agréés afin d'appréhender la réalité de l'exercice et les représentations du métier. 

La variété des conditions d'exercice a été assurée par un échantillon aux caractéristiques diversifiées : statut de l'employeur (parents, crèche familiale), âge, sexe, nombre d'enfants à charge, date d'agrément, taille de l'unité urbaine (communes rurales, Paris et sa banlieue, grandes villes de province) .

En dépit  d'un manque estimé de reconnaissance sociale, l'ensemble des assistants maternels se présente comme professionnels à distance des "tatas", "nounous"...(...)

L'aptitude à la professionnalisation repose sur plusieurs paramètres susceptibles de constituer un référentiel métier institutionnel.

(...)  Trois notions permettent d'approcher la réalité d'un tel référentiel : 

1) "l'intégration institutionnelle" ou la valorisation de la maîtrise d'une activité productrice de revenus et de son environnement cadre ;

2) " la conscience collective" ou la valorisation de l'appartenance à un groupe social partageant des valeurs, une culture ; 

3) " l'expertise" ou la valorisation d'un savoir-faire, d'un apprentissage.

L'autonomie professionnelle des assistants maternels peut être appréhendée comme un premier indice de professionnalité.

L'analyse des conditions d'activité révèle la capacité des assistants maternels à établir de la distance dans une relation tripartite complexe :

Institution (cadre régulateur), parents (prescripteurs, débiteurs) et enfants (à la forte charge symbolique).

Les institutions cadres sont plutôt bien identifiées des assistants maternels.

Le Département délivre l'agrément. Les missions de formation et d'accompagnement professionnel sont néanmoins peu valorisées dans le discours.

La PMI est essentiellement perçue comme l'institution de contrôle, voire de sanction et non de soutien à la pratique professionnelle.

Les assistants maternels expriment un fort sentiment d'isolement dans la relation administrative et éducative avec les parents.

L'exercice à domicile, un manque estimé important de  formation et d'accompagnement tendent à isoler les assistants maternels dans leurs pratiques.

En contrepoint, les Relais, formation et d’accompagnement tendent à isoler les assistants maternels dans leurs pratiques.  En contrepoint, les Relais assistants maternels, sont clairement identifiés comme des lieux ressources en matière administrative et éducative.

Le lien institutionnel avec les Caisses d'Allocations Familiales est méconnu.

La CAF est perçue comme l'institution dédiée aux parents.

Le discours sur la PAJE est relativement crititque. Il s'agit d'un support plus lisible pour les parents afin de s'acquitter de leurs obligations d'employeurs, "encore faut-il qu'ils y pensent, et qu'ils comprennent le système même simplifié".

(...) La convention collective dans son texte est peu connue.

Les assistants maternels éprouvent de la difficulté à littéralement faire le lien entre l'instauration de ce texte et les changements intervenus dans leurs conditions d'activités.

Ces changements sont plutôt intégrés de manière empirique par la diffusion d'informations parcellaires ou hétérogènes en provenance de divers acteurs : PMI, RAM, associations, autres assistants maternels....

Ils se focalisent essentiellement sur la mensualisation et le tarif horaire.

Ces deux principes actent une mise en compte plus juste de l'activité. La rémunération à l'heure reconnaît l'effectivité du temps de garde et ne laisse plus place à l'approximation "toujours au bénéfice des parents".

Ces derniers se montrent ailleurs plus attentifs au respect des horaires, ce qui, de manière récurrente, constituait un point d'acchoppement dans la relation entre AM et parents. 

La mensualisation offre "une sécurité financière", "une anticipation possible de fins de mois", "une organisation budgétaire plus facile" aux assistants maternels captifs jusqu'à présent de la "conscience et de l'honnêteté" des parents. 

De plus la mensualisation incite à une mise à plat de l'organisation dès les premières rencontres et avant même le début de l'accueil.

La mensualisation et l'instauration de la PAJE, selon les assistants maternels, ont contribué au "sérieux de l'activité" en produisant "des fiches de paie comme tout le monde" et en lissant les ressources sur l'année.

En dépit d'une méconnaissance notable des textes, la relation employeurs employée ne s'en retrouve pas considérablement affectée.

(..) Les indépendants mettent l'accent sur le souci en général à négocier le tarif horaire, le salaire. La difficulté des parents à admettre le coût de la garde procède pour partie de la non-reconnaissance du savoir faire des assistants maternels.

L'amplitude horaire est liée structurellement à l'activité, qui appelle des temps de garde élevés, puisque l'accueil se déroule sur le temps professionnel des parents. Les assistants maternels, malgré une conciliation parfois difficile avec le temps familiaux, ne contestent pas vraiment cette donnée inhérente au contexte d'activité. Toutefois, elles soulignent comme un point embarrassant le non-respect des horaires par les parents qui ont tendance à oublier les horaires convenus ou à s'attarder au domicile de l'assistant maternel pour discuter de choses et d'autres , sans rapport immédiat à l'enfant.

Les assistants maternels déclarent n'appliquer que très rarement le tarif "heures supplémentaires", par tolérance et compréhension des difficultés organisationnelles des parents. Les assistants maternels soulignent qu'heureusement tout n'est pas écrit et qu'il est important de laisser une marge de manoeuvre pour les deux parties sur ce point ou d'autres. Le donnant donnant semble être le principe directeur.

(...) Peu d'assistants maternels déclarent problématique la détermination des congés. Le nombre de parents employeurs semble faciliter le choix. Plus les parents sont nombreux, plus l'assistant maternel s'estime en légitimité de proposer, d' "imposer" ses dates, avec l'appui de la convention collective, pour une organisation facilitée. De manière générale, les parents se rendent à cette raison.

(...) Le plus grave dysfonctionnement de la relation porte sur le non-paiement des heures dues, voire des mois de garde ou des congés.

Quelques assistants maternels ont rendu compte de conflits avec les parents, concrétisés par la rupture du contrat, de la garde, sans paiement des salaires et versement d'indemnités de licenciement. Les assistants maternels concernés ont renoncé à faire valoir leurs droits faute 
d'information sur la procédure à suivre. Un ou deux ont porté l'affaire devant les tribunaux en insistant sur la complexité de la démarche et l'isolement ressenti.

(...) Selon les assistants maternels, la relation employeur - employé, par essence n'est pas simple. Elle s'annonce d'autant plus délicate lorsque les employeurs ne reconnaissent pas les qualités ou compétences de leur salarié.

Les assistants maternels déplorent le manque d'arguments pour faire valoir leur savoir-faire (absence de formation qualifiante, dévalorisation de l'agrément) et négocier plus aisément leur contrat de travail avec les parents (tarifs, horaires et respect des horaires...) .

Relativement mal informés, les assistants maternels, pallient ce manque par une adhésion importante à des associations ou fédérations d'assistants maternels. Peu s'investissent de manière concrète, faute de disponibilité ou de motivation, mais la plupart apprécient le fait de recevoir une revue ou un bulletin d'information.

Les plus engagés bénéficient de séances de "formation" ou d'information au sein de leur association, et usent de la structure comme levier pour l'évolution des pratiques ou des conditions d'activité : création d'espaces jeux, de lieux d'accueil, organisation de rencontres avec les parents. 

Le discours laisse transparaître une préoccupation commune quant à la reconnaissance de la profession, sa valorisation salariale (tarif et retraite) et qualitative (valeur de l'activité, compétences). Le partage de requêtes sur la structuration de l'activité en profession évoque la constitution de représentations de membres d'un même secteur.

(...) L'agrément n'a pas valeur de reconnaissance sociale ou professionnel au regard notamment des conditions de délivrance estimées peu sélective .L' assistante maternelle où le jongleur

 

Dans le discours des assistants maternels, l'agrément ne permet pas d'opposer un statut professionnel dans la relation administrative et éducative avec les parents. Ils soulignent assez fréquemment le peu de considération parentale pour leur avis sur les petites choses de la vie quotidienne : rythme de vie de l'enfant, introduction d'aliments...

La formation est considérée comme condition première de reconnaissance de l'activité en métier. A la date d'interrogation, en juin 2007, aucun des assistants maternels ne bénéficiait du doublement des heures de formation lié à la réforme.
Ils pointent ainsi la faiblesse quantitative de l'offre de formation qui ne permet pas une capitalisation des connaissances.Ils soulignent également l'ineptie d'une formation non qualifiante dispensée après l'accueil de l'enfant.

 L'absence de "diplôme" ou de qualification, preuve de la qualité des compétences acquises et, de ce  fait, "affichables", est estimé dommageable.

Ils évoquent par ailleurs l'importance d'instaurer la formation continue et insistent sur les notions nécessaires de "transmission", "d'apprentissage" mais plus encore de "continuité".

(....)Cette focalisation sur la nécessaire transmission, trahit, d'une manière plus transverse, un besoin d'accompagnement des pratiques, du quotidien de l'activité. A ce titre, le suivi PMI est soumis à une large critique. Faute de réponse satisfaisante en termes de formation, le suivi ne semble pas correspondre aux attentes des assistants maternels. 

L'institution est essentiellement perçue comme un élément de contrôle. Le contact se fait le plus souvent dans le cadre du renouvellement de l'agrément, dans une logique de mise en conformité, bien souvent sécurité, sans aborder le sens et le quotidien de l'activité....

L'absence de contact avec le référent PMI, le plus souvent la puéricultrice, est mentionnée comme un manque crucial dans la qualité et le confort des pratiques.

Les assistants maternels soulignent leur isolement et la faible prise en considération des difficultés relatives à la relation d'accueil . Ils souhaiteraient bénéficier de quelques "conseils", de quelques "trucs" pour résoudre les petits soucis du quotidien : un enfant qui semble régresser, qui refuse de manger, de faire la sieste....Et d'un véritable soutien pour les problèmes plus graves de parents ou d'enfants en détresse dans une situation familiale complexe : maladie, alcoolisme, maltraitance....

(...) La capacité à mobiliser des connaissances, à affirmer compétences et expertise, constituent un marqueur fort de professionnalité.

De l'amour des enfants à la mobilisation de notions de "diététiques" et de "développement de l'enfant", les assistants maternels parviennent, de manière plus ou moins consciente, à établir des compétences allant dans le sens de la structuration d'un savoir faire propre à l'activité : 

" J'aime bien quand ils partent de chez moi qu'ils sachent leurs couleurs, qu'ils utilisent les bons mots, qu'ils aient un vocabulaire correct, la propreté, la politesse, le respect" 

ou encore pour une autre assistante maternelle : 

"C'est l'éducation des enfants, la participation à cette éducation...C'est des jeux d'éveil, la propreté, les aider à marcher, apprendre à manger, le dessin, le chant..." .

                                                               TYPOLOGIE DES FIGURES PROFESSIONNELLES 

Trois figures types permettent d'approcher les principaux déterminants d'une appropriation de l'identité professionnelle :

A) Les " professionnelles de la petite enfance ".

Cette figure énonce les déterminants d'un "référentiel métier". Les assistants maternels valorisent le savoir-faire, la maîtrise de l'environnement institutionnel et social. Ils présentent une expérience professionnelle acquise dans des secteurs d'activité diversifiés.

L'âge, l'ancienneté dans le métier et la localisation géographique ne sont pas discriminants. Les assistants maternels de crèche familiale sont largement representés au sein de ce groupe. Les revendications portent essentiellement sur la formation. Les exigences salariales passent au second plan. Plus que les autres, elles expriment un épanouissement professionnel, personnel et familial.

(...) 

B) " Les nounous envers et contre tout " :

Cette figure se définit en creux par rapport " aux professionnels de la petite enfance". Versant négatif du professionnalisme, elle incarne l'image populaire des nounous.
Elle se caractérise par l’adhésion à un référentiel maternel quasi exclusif.

Les qualités affectives sont valorisées. Définir l'activité comme d'abord professionnelle est réducteur pour ces assistants maternels.

L'expérience de la maternité est présentée comme un pré-requis nécessaire à l'exercice du métier. Cette classe présente un niveau d'éducation plus faible et des périodes d'inactivité plus longues. Les renvendications portent essentiellement sur les salaires et très peu sur la formation. 

Ces assistants maternels ne donnent par ailleurs pas de contenu explicite ou réfléchi à leur avenir à court ou moyen terme. Ils disent vouloir maintenir leur activité, faute "de pouvoir faire autre chose", que la raison en soit l'absence de tout autre projet ou l'avancée en âge.

C) "les pragmatiques de la petite enfance" : 

Cette figure se situe entre le discours conceptuel des "professionnels" et le don de soi des "nounous", dans une approche fondée sur l'écoute et la prise en compte concrète des besoins de l'enfant. A la différence des "professionnels", qui soulignent les limites de leur mission par rapport à la responsabilité parentale, les pragmatiques investissent ce domaine.

Ils soulignent leur rôle d'éducateurs, en évoquant les règles de la vie en société (politesse, respect des autres, ordre, propreté...), dans la perspective de l'entrée future en collectivité.

LES RAM : SUPPORTS DE PROFESSIONNALISATION

 

(...) En termes de professionnalisation, les relais assistants maternels (RAM) ont pour vocation à intervenir en complémentarité des missions de PMI (agrément, formation obligatoire, suivi). Ce soutien à la professionnalisation intervient sur l'ensemble des composants de l'activité : poisitionnement institutionnel et administratif, relation contractuelle et éducative avec les parents, qualité de l'accueil de l'enfant.

Il revêt ainsi plusieurs modalités : 

1) La transmission d'informations sur le cadre légal de la relation employeur-employé au travers de permanences d'accueil individuel et des réunions d'information ;

2) La délivrance de conseils personnalisés au travers de ces permanences d'accueil individuel.

3) L’accompagnement au quotidien de la pratique professionnelle par des ateliers d'eveil et des animations ponctuelles.

L'ensemble des professionnels interrogés (animatrices de RAM et gestionnaires, partenaires Caisses d'allocations familiales, PMI et collectivités) valorise le soutien effectif des RAM à la professionnalisation des assistants maternels. Ils évoquent une meilleure connaissance du cadre institutionnel et légal ainsi qu'une modification du cadre institutionnel et légal ainsi qu'une modification des comportements, allant dans le sens d'une intégration sensible de réflexes professionnels. Les animations avec les enfants, la relation de confiance instaurée avec l'animatrice, les échanges entre assistants maternels sont mentionnés comme un mode informel de transmission de connaissance et de savoir-faire particulièrement efficient.

Les assistants maternels se montrent très attachés au dispositif RAM, perçu comme un lieu ressource ouvert et neutre. Le RAM permet d'investir un espace distinct du domicile, où des activités de nature différente sont réalisées (jeux d'eaux, animations de groupe...), où l'on peut poser toutes ses questions à l'animatrices et aux autres assistants maternels.

Début 2008, 85 % des assistants maternels ayant fréquenté le relais au cours des douze derniers mois ont demandé de l'aide ou des conseils au RAM.

Quant aux apports du dispositif, 55 % évoquent le fait de se sentir mieux formés et 59 % moins isolés.

Une bonne partie de ceux qui fréquentent le RAM au moins une fois par mois estime même que les compétences professionnelles sont plus souvent acquises par le RAM qu'au travers de la formation PMI.

Les compétences qui posent le plus de difficultés aux assistants maternels sont celles liées à la négociation des contrats et des salaires : plus de la moitié des assistants maternels interrogés sont concernés.

Cette importance accordée au RAM dans l'exercice de la profession est confirmée par les réponses à la question " en cas de conflit ou  de difficultés avec les parents, à qui demanderiez-vous de l'aide ou des conseils ?" : les trois quarts des assistants maternels citent le RAM (44 % mentionnent la PMI)  LA RECONNAISSANCE PAR LES PARENTS DE L'EFFET PROFESSIONNALISANT DES RAM

 LA RECONNAISSANCE PAR LES PARENTS DE L'EFFET PROFESSIONNALISANT DES RAM

 

(...) Sur tous les territoires, le RAM est très souvent utilisé par les parents pour recruter une assistante maternelle. 

Les parents semblent avoir intégré l'effet professionnalisant des RAM sur les assistants maternels. Celle qui est familière du RAM est considérée comme un mode d'accueil idéal, alliant le confort de l'individuel et la socialisation du collectif, tout en assurant une bonne qualité de la pratique professionnelle. Au final, la fréquentation du RAM devient un critère de recrutement par les parents.

                         DES LIMITES DE LA PROFESSIONNALISATION PAR LES RAM

 

Globalement les RAM s'implantent sur de territoires très divers, tant en termes de demande (besoins d'accueil) que d'offre (nombre d'assistants maternels, places disponibles en accueil collectif).

Les modes de gestion directe par la caisse d'Allocations familiales jusqu'à une délégation totale à une association indépendante.

Malgré cette diversité, on relève une faible implication des gestionnaires et des partenaires dans la gestion quotidienne des relais, conduisant à une très grande autonomie des animatrices de RAM, ainsi qu'un déficit de formation continue des animatrices qui ont tendance à "bricoler" chacune à leur manière, notamment pour mettre à jour leurs connaissances réglementaires (voir la convention collective des assistants maternels).

On constate également plusieurs biais dans la représentativité des assistants maternels qui fréquentent les RAM : un biais géographique (éloignement), un biais lié au positionnement professionnel des assistants maternels ( ce sont plutôt les "pros" qui fréquentent) et un biais lié à " l'effet groupe " (des assistants maternels qui accaparent les activités).