MOI JE N'AI PAS DE PAPA

Cet article est extrait de Assistantes maternelles magazine de novembre 2004. Comme d'habitude je l'ai juste remis en couleurs et l'ai agrémenté de photos et vidéos.

Pour les assistantes maternelles, accueillir un enfant de mère célibataire ou un enfant de parents séparés devient de moins en moins rare.

Ce que l'on appelle la monoparentalité a considérablement augmenté en France : plus d'un enfant vit avec un seul de ses parents, la mère (85 %) le plus souvent, surtout lorsque l'enfant est très petit (96 % des enfants de moins de cinq ans vivent avec leur mère).

Ces mères isolées doivent travailler pour éviter la précarité : 83 % des mères seules sont actives et, comme telles, elles sont en demande de lieux d'accueil pour leur enfant. 

Beaucoup d'entre elles doivent assumer des situations difficiles : chaque année, 70 000 divorces reviennent en justice dont 40 000 pour des pensions alimentaires non payées, 15 000 pour des problèmes de partage de l'autorité parentale et 10 000 pour des droits de visite.

L'enfant est au coeur de ces oublis ou de ces conflits, l'assistante maternelle peut être le témoin, voire la confidente de ces tensions.

DES PAPAS A ECLIPSES, PLUS OU MOINS PRESENTS

Les assistantes maternelles qui ont en charge ces enfants peuvent donc être confrontés à des situations diverses, car toutes les situations de monoparentalité ne se ressemblent pas.

Il faut distinguer :

1. Les enfants qui connaissent leur père et continuent de le voir régulièrement. Ils sont aujourd'hui plus nombreux dans ce cas qu'hier. Au milieu des années 80, seul un enfant sur trois voyait son père si celui-ci n'en avait pas la garde ; la proportion est aujourd'hui de un sur deux, ce qui montre que les pères se maintiennent mieux, y compris dans la rupture et le désamour.

2. Les enfants qui ont connu leur père, mais qui l'ont perdu et peuvent souffrir de la séparation en le voyant trop irrégulièrement, voire plus du tout.

3. Les enfants nés d'une union défaite, avant même leur naissance, mais où la place du père est nommée par la mère.

4. Les enfants nés d'une union fortuite ou conflictuelle, la mère niant l'origine du père, l'intervention de tout l'homme digne d'être nommé, et refusant d'en parler.

Dans ce cas, c'est souvent elle qui dit : "il n'a pas de papa" pour clore toute discussion sur le sujet.

Plusieurs positions paternelles sont donc possibles : présence régulière et continue ; présence effective mais irrégulière ou inconstante ; absence ; déni de l'existence du père par la mère.

                                                               QUELQUES EFFETS DE L'ABSENCE DU PERE SUR L'ENFANT

Dans le premier cas, l'enfant bénéficie de ses deux parents et, si ceux-ci arrivent à jouer la carte de la coparentalité, de la co-éducation, il n'existe aucune raison pour qu'il ne se construise pas harmonieusement.

Si le partage des rôles s'avère conflictuel, l'enfant peut, en revanche, être écartelé entre ses deux parents, voire développer des conflits de loyauté.

Très souvent, il choisit de soutenir le parent qu'il sent le plus fragile, le plus en danger.

Il occupe alors une place singulière d'étayage de son parent, une place difficile à tenir car elle vient envahir l'espace-temps de l'enfance.

Dans cette situation, la posture de l'assistante maternelle est plus complexe  : elle doit rester neutre dans ce conflit qui oppose les parents, ne pas prendre parti en disqualifiant du même coup l'autre parent de l'enfant, laisser à ce dernier la possibilité de rêvér, d'intérioriser une image satisfaisante de son parent, au-delà des défaillances réelles. 

L'assistante maternelle peut lui offrir un terrain neutre, une trêve, un lieu où il n'est plus l'objet d'enjeux mais où il devient un sujet.

Dans le deuxième cas, quand l'enfant ne voit pratiquement plus son père, il est confronté à la discontinuité, à l'imprévu, à l'attente et à la frustration. Ce sont cette fois les mécanismes d'attachement et la confiance en l'adulte et à la frustration.

Ce sont cette fois les mécanismes d'attachement et la confiance en l'adulte qui peuvent être touchés.

Les mouvements d'humeur de l'enfant peuvent être plus imprévisibles, plus difficiles à contenir.

Ces enfants ont encore davantage besoin d'une présence rassurante, de repères fiables et tenus. Dans ce groupe, après la séparation, 18 % des pères voient leur enfant très irrégulièrement et 32 % plus du tout.

Les enfants, faisant partie du troisième groupe, c'est-à-dire nés d'une union défaite, ne sont plus à risques que les autres. Tout dépendra de ce que la mère autorise comme "rêve éveillé", comme imaginaire autour de ce père, non connu, mais que l'enfant peut inventer.

Les enfants souffrent surtout du regard de la société, de cette "compassion" qui fait parfois dire aux adultes "pauvre enfant, il n'a pas de papa". Mais cette compassion stigmatise les enfants, elle renforce la différence, pointe du doigt le manque.

A ce propos, il sera toujours difficile pour les assistantes maternelles de gérer les petits rites de la vie quotidienne comme "la fête des pères". 

Certaines accueillent en même temps des enfants qui ont un papa et d'autres qui en sont dépourvus. Certains enfants se retrouvent même avec plusieurs "pères potentiels".

Entre le plaisir de fêter l'événement , de faire produire à l'enfant un cadeau à donner et le risque d'exposer l'un des enfants à une déception, l'assistante doit choisir la meilleure solution.

Le choix n'est pas toujours facile, mais peut-on soumettre un enfant à une telle souffrance seulement pour rester une norme sociale ? Chaque assistante maternelle doit tenter de répondre à cette question.

Les enfants du quatrième groupe, nés d'une union fortuite ou conflictuelle, sont sans doute les plus "encombrés" par cette question du père qui est marquée par l'interdit du dire.

Si comme le dit la maman, cet enfant "n'a pas de papa", peut-être peut-on doucement lui rappeler qu'il a cependant "un père" que tous les enfants naissent d'un couple, même éphémère.

Le risque pour ces enfants est d'occuper une place de "petit homme", une place de substitut masculin, et de rester "accrochés" à celle pour qui ils sont tout.

L'accueil par une assistante maternelle vient mettre une pause dans cette relation trop fusionnelle; il importera à celle-ci d'ouvrir, le plus possible cet enfant sur l'extérieur, de veiller à sa socialisation.

Pour toutes ces mères, indépendamment de la situation proprement dite, le poids de la solitude et de la responsabilité est accru.

Les relais familiaux ou amicaux n'existent pas toujours pour venir chercher l'enfant le soir.

La tension quotidienne est plus dense lorsque la parentalité n'est pas partagée. Rien d'étonnant donc à ce que les ces mamans profitent encore un peu plus de l'appui de l'assistante maternelle comme l'illustre ce bref témoignage d'assistante maternelle : 

"En ce moment, j'ai des enfants qui ne veulent pas partir le soir, il faut que j'aide les mamans pour le départ. Celles-ci se sentent seules, les papas ne sont pas là, ils font les bébés, puis ils sont toujours en déplacements alors les mamans restent-là, le soir, et c'est vrai que c'est difficile de leur dire que ma journée est finie. C'est encore plus vrai avec les mamans seules, j'en ai une qui n'a pas pu me payer ce mois-ci, elle règlera tout le mois prochain, il y a un retard dans le versement de la pension."

Accueillir un enfant, c'est accueillir un peu de son histoire. Devoir se situer à la frontière de l'intimité des familles, prendre en compte les spécificités de chaque histoire de vie, sans pour autant s'y engouffrer, cela demande beaucoup de délicatesse, de retenue et de compréhension sans intrusion.

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"où sont passés les pères ? Les bouleversements de mai 1968, le mouvement fémininiste des années soixante-dix, une justice qui privilégie la mère dans la garde de l'enfant et une médecine qui, avec la procréation assistée, tend à se substituer au père, tels sont les jalons d'une évolution des moeurs sans précédent.

Au cours de ces 30 dernières années, la figure parentale s'est peu à peu lézardée. Les conséquences en sont lourdes.

Un nombre impressionnant d'enfants ne voient jamais leur père, la délinquance se développe dans les villes et les banlieues et les institutions prenant en charge la santé mentale de l'enfant sont débordées.

Il devient urgent de redonner leur place aux pères et de redéfinir leur rôle dans l'épanouissement de l'enfant.

Etre père, ce n'est pas être un substitut de la mère. C'es occuper dans la vie mentale de l'enfant une place dont dépendent sa construction et sa santé psychique.

Un enfant se conçoit autant dans des propos et des désirs partagés que dans un acte sexuel.

Si le rôle de la mère est de porter l'enfant dans son corps, celui du père est de le porter dans ses pensées et ses désirs.

Interdire à l'enfant de comprendre qu'il est le fruit du désir de ses deux parents, c'est le condamner à l'emprise d'un monoparentalisme dévorant, qui le prive de tout accès à l'autonomie et le rend incapable de s'intégrer à la société.

Ecoutant des enfants, des pères et des mères depuis plus de 20 ans, Didier Dumas montre, à travers les propos, les souffrances et les "folies" des petits et des grands, que cette méconnaissance du rôle du père dans la construction psychique et spirituelle de l'enfant est la première cause de tous ses désordres mentaux. Et que les troubles dus à la démission des pères se transmettent et se répètent, en s'aggravant, d'une génération à l'autre."

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Sans père et sans parole : La place du père dans l'équilibre de l'enfant

 

 

 

 

 

 

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